24 AOÛT AU 13 SEPTEMBRE 2024
LE MONDE
QU’ON
CONNAIT
Fanny Desroches
Kassandra Reynolds
Fanny Desroches s’intéresse au banal, aux imperfections qui caractérisent le quotidien, aux pratiques qui le rythment. Ses photographies, format géant, oscillent entre le désinvolte et le flamboyant.
Elles présentent des personnages dans des scènes familières : étendus à la plage, à la chasse, en bateau. Souvent masqués, ces personnages, dépourvus d’identités propres, montrent pourtant des caractéristiques communes.
Une utilisation omniprésente du téléphone portable, des activités en contextes de lieux de plaisance, de nature ou de loisirs, la blancheur des masques qui couvrent leurs visages.
Autant d’éléments qui portent à réfléchir sur notre relation aux nouvelles technologies; sur nos pratiques d’auto mise en scène (ego-portraits, aménagements des espaces domestiques ou sélection de destinations voyage en vue d’en faire des photos à publier…); sur la surreprésentation, dans un monde de plus en plus diversifié, des personnes caucasiennes dans les espaces médiatiques; sur les dynamiques d’inclusion et d’exclusion sociale que ces derniers phénomènes renforcent.
Kassandra Reynolds documente la réalité de personnes et de groupes invisibilisés ou marginalisés - personnes aînées, précarisées, éloignées des grands centres. Dans une approche très sensible, elle vise ainsi à faire exister ces personnes dans l’espace public et la mémoire collective.
Les photos de Reynolds ont été réalisées dans le village de Saint-Jean-de-Cherbourg en Matanie. Ce village, menacé de disparition dans les années 1970, existe toujours et abrite aujourd’hui 183 âmes, résilientes, aimantes, bien ancrées dans leur territoire. L’artiste est allée à leur rencontre et y a été accueillie par près de 40 maisonnées, qui lui ont ouvert leur porte, lui ont partagé leur histoire et lui ont permis de saisir en photo de petites parcelles non-retouchées de leur quotidien.
Si les chemins empruntés par Desroches et Reynolds sillonnent différemment, l’une travaillant la mise en scène et l’autre saisissant ses photographies sur le vif, leurs pratiques convergent assurément sur plusieurs points.
Montrer une partie d’universel qui demeure souvent exclue du paysage médiatique.
Tracer le quotidien cru.
Confondre les codes esthétiques, chercher l’humain, capter l’imparfait, documenter le réel, questionner et parler du monde qu’on connaît.
Commissaire
Alexandra Zawadzki-Turcotte
Nos partenaires
Photo : Kassandra Reynolds